Rachat de trimestres : faut-il vraiment se lancer ? 

Bilans et la liquidation retraite / Non classifié(e)

Personne consultant un document sur le rachat de trimestres de retraite, stylo en main, air concentré.

 

Dans les épisodes précédents, nous avons vu comment la holding sécurise votre transition entre cession et retraite, puis comment optimiser fiscalement le produit de votre cession. Aujourd’hui : il vous manque quelques trimestres pour partir à taux plein. Faut-il les racheter ? 

La réponse dépend de votre situation. Voici comment l’analyser avec méthode. 

En résumé 

  • Le rachat de trimestres peut s’avérer très rentable, à condition d’en maîtriser les déterminants. Mal calibré, il peut coûter cher pour un retour sur investissement faible. 
  • Deux dispositifs existent : le rachat classique dit « Fillon », accessible à tous, et le rachat Madelin, réservé aux artisans-commerçants affiliés à la SSI, significativement moins cher. 
  • Le vrai intérêt du rachat n’est pas d’améliorer la retraite de base, mais de déclencher le taux plein sur la retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO ou RCI). 
  • Le devis de la caisse de retraite ne reflète qu’une partie du gain réel : il n’intègre pas l’impact sur les régimes complémentaires. 
  • PER et rachat de trimestres ne sont pas antinomiques : ils sont complémentaires. 
  • Les délais de traitement des devis atteignent 9 à 12 mois : anticipez bien en amont de votre départ. 

1. Première étape : savoir où vous en êtes 

Avant d’envisager un rachat, une question s’impose : combien de trimestres aurez-vous à votre âge légal (64 ans), sachant qu’il en faut 172 pour partir à taux plein ?

Le tableau ci-dessous présente l’âge légal et la durée de cotisation requise selon l’année de naissance.

Le tableau présente l'âge légal et la durée de cotisation requise selon l'année de naissance.

Si votre projection de carrière vous permet d’atteindre ce seuil naturellement, le rachat n’a aucun intérêt. Cette information est accessible directement sur info-retraite.fr : l’estimation retraite consolide l’ensemble de vos régimes et projette vos droits jusqu’à votre premier âge de départ possible. Le nombre de trimestres que vous aurez à votre âge légal y figure clairement. C’est le point de départ indispensable. 

2. Comprendre la formule de calcul : la clé pour évaluer l’intérêt du rachat 

La retraite de base repose sur trois éléments : 

Retraite de base = Salaire annuel moyen (SAM) × taux de liquidation × proratisation 

Le SAM correspond à la moyenne de vos 25 meilleures années de revenus, plafonnée au plafond annuel de la Sécurité sociale (environ 48 000 € en 2026). La retraite de base ne peut donc pas dépasser environ 2 000 € par mois, sauf si on cotise au-delà du taux plein car on génère une surcote. 

Le taux de liquidation est de 50 % si vous avez validé vos 172 trimestres. En dessous, une décote de 1,25 % par trimestre manquant s’applique (dans la limite de 20 trimestres). À 67 ans, le taux plein est automatiquement accordé. 

La proratisation correspond au rapport entre vos trimestres cotisés au régime général et les 172 requis. Même à 67 ans avec le taux plein automatique, votre pension reste proratisée si vous n’avez pas atteint 172 trimestres. 

Lorsque vous demandez un devis, deux options vous sont proposées : rachat portant uniquement sur le taux de liquidation (option 1, moins chère) ou sur le taux de liquidation et la proratisation (option 2, plus chère). Dans la grande majorité des cas, l’option 1 est la plus pertinente : le surcoût de l’option 2 est significatif pour un gain marginal. 

3. Le vrai enjeu : déclencher le taux plein sur la retraite complémentaire 

La retraite de base est plafonnée. Le vrai levier de valeur pour un dirigeant se trouve au deuxième étage : la retraite complémentaire. 

Que vous soyez président de SAS assimilé salarié (AGIRC-ARRCO) ou TNS artisan-commerçant (RCI), votre retraite complémentaire fonctionne par points. Vous la percevez en totalité, sans décote, uniquement si vous avez atteint le taux plein sur le régime de base. C’est ce lien entre les deux étages qui donne tout son sens au rachat de trimestres. 

Attention au biais du devis : l’Assurance Retraite ne vous indique que le gain sur le régime de base, pas sur la complémentaire. De nombreux dirigeants concluent à tort que le rachat n’est pas rentable en se basant sur ce seul chiffre. Le retour sur investissement réel, intégrant l’ensemble des régimes, est souvent bien plus favorable. Seul un bilan retraite complet permet de le mesurer précisément. 

4. Ce que les chiffres disent vraiment 

Laetitia, cadre salariée, 54 ans (AGIRC-ARRCO) : il lui manque 12 trimestres pour partir à taux plein à 64 ans. Coût net après économie d’impôts : 24 500 €. Gain de pension net annuel : 5 500 €. Retour sur investissement : 4,5 ans. TRI : 22 %. 

Jean-Noël, TNS artisan-commerçant, 54 ans (SSI) : il lui manque 9 trimestres. Coût net : 18 400 €. Gain de pension net annuel : 2 275 €. Retour sur investissement : 8 ans. TRI : 12,5 %. L’horizon est plus long qu’en AGIRC-ARRCO, car le régime complémentaire des indépendants offre un retour moins favorable. 

Diane, cadre salariée, née en 1963 : le cas où le rachat ne sert à rien. Avant la réforme de 2023, elle avait racheté deux trimestres pour partir à taux plein à 62 ans. Depuis, son âge légal a été repoussé et la durée requise augmentée. Elle a racheté un trimestre pour rien, qui ne génère aucun gain et ne lui permet pas de partir plus tôt. Ce cas illustre le risque principal : un changement des règles du jeu peut annuler tout l’intérêt d’un rachat. Et un rachat n’est pas liquide. 

5. Deux dispositifs, deux logiques 

Le rachat « Fillon » est accessible à tous, plafonné à 12 trimestres maximum, et porte uniquement sur les années d’études supérieures ou les années incomplètes. Il ne permet pas de partir avant l’âge légal et ne compte pas pour le départ anticipé pour carrière longue. Son coût augmente d’environ 3 % par an. 

Le rachat Madelin est réservé aux artisans-commerçants affiliés à la SSI. À 62 ans, un trimestre coûte environ 682 € contre 4 500 € en rachat classique. Il compte pour le départ anticipé pour carrière longue. La demande doit porter sur les six dernières années régularisées auprès de l’Urssaf. 

💡 Conseil : si vous êtes artisan ou commerçant, vérifiez régulièrement votre relevé de carrière. Dès qu’une année incomplète apparaît, demandez rapidement un devis Madelin : le délai pour agir est limité, et le coût est nettement inférieur au rachat classique. 

📌 Depuis la réforme de 2023, les trimestres d’apprentissage (périodes antérieures au 1er juillet 1972) sont également rachetables et comptent pour le départ anticipé pour carrière longue. 

6. Rachat de trimestres ou PER : et si c’était les deux ? 

« PER et rachat de trimestres ne sont pas antinomiques : ils sont complémentaires. La bonne stratégie dépend de votre âge, de votre besoin budgétaire à la retraite et de votre situation patrimoniale globale. » 

Gaëtan Cochard, Directeur du développement chez Kereis Expertises 

Plus vous êtes jeune, plus le risque de changement des règles du jeu est élevé. La stratégie recommandée : estimez tôt le coût d’un rachat, capitalisez cette somme sur un support liquide (assurance-vie, PEA) avec un rendement cible d’au moins 3 % par an, et prenez la décision deux à trois ans avant votre départ, quand les règles sont stabilisées. 

Deux autres dimensions entrent en compte au-delà du calcul mathématique : 

  • La suffisance des revenus à la retraite : si votre pension combinée à vos revenus patrimoniaux couvre déjà votre train de vie, conserver votre capital dans une assurance-vie peut être plus avantageux que de le transformer en pension fiscalisée. 
  • La protection du conjoint : en cas de décès, la réversion ne couvre que 54 % de votre pension de base et 60 % de votre complémentaire. Les fonds d’un PER, eux, sont transmis en franchise de droits de succession au conjoint (loi TEPA). 

7. Ne vous y prenez pas au dernier moment 

Demander un devis de rachat à l’Assurance Retraite prend 9 à 12 mois. Si vous envisagez de partir dans les 18 à 24 mois, il est déjà temps d’agir. Attendre les derniers mois, c’est risquer de ne plus pouvoir intégrer le rachat dans votre stratégie, ni en optimiser la déductibilité fiscale. 

Le rachat de trimestres peut afficher un TRI compris entre 7 % et 25 % selon les situations. Mais il ne s’improvise pas, et le devis de la caisse ne vous donne qu’une vision partielle de sa rentabilité réelle. 

Chez Kereis Expertises, nos experts retraite et conseillers patrimoniaux analysent votre situation dans sa globalité : régime de base, régimes complémentaires, situation fiscale et objectifs patrimoniaux. Pour vous aider à faire le bon choix, au bon moment. 

Vous souhaitez faire le point sur votre rachat de trimestre ? 

Kereis Expertises — Nos équipes d’experts interviennent dans cinq grands domaines : la protection sociale collective, la protection sociale individuelle, la gestion de patrimoine, les bilans et la liquidation retraite, ainsi que l’assurance dommage pour les entreprises. 

Les informations contenues dans cet article sont données à titre pédagogique et ne constituent pas un conseil personnalisé. Les données chiffrées sont issues de simulations basées sur les règles en vigueur en 2026 et susceptibles d’évoluer. Consultez un expert avant toute décision. 

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